1947-1949







En 1944, la Ligue Provinciale se réorganise en circuit local, mais elle subit un dur coup en 1946: Sherbrooke et Granby sautent dans la Border League. Déjà privée de Montréal, dans la ligue Internationale, et de Québec et Trois-Rivières, dans la Ligue Canado-Américaine, la ligue ne peut qu’être très locale. L’aventure de la Border League, de calibre 'C', ne dure toutefois qu’un an, et Sherbrooke et Granby reviennent au bercail pour 1947.

On demanda d’être accrédité par le baseball organisé et de reprendre là où on avait laissé avant d’être interrompu par la guerre. Les dirigeants du baseball organisé, avec la déconfiture de 1940 fraîche en mémoire, ne virent pas l’intérêt de cette ligue au Québec, où de toute façon les villes importantes de Montréal, Québec et Trois-Rivières étaient déjà dans le baseball organisé.

Le baseball était en changement à cette époque. Le baseball majeur demeura à 16 équipes, mais le retour des soldats et l’intégration des noirs firent doubler en taille les ligues mineures, donnant de l’excellent calibre à tous les niveaux.

Ce nombre impressionnant de joueurs se battant pour des postes dans les ligues majeures étaient à l’avantage des propriétaires, qui pouvaient peu payer leurs joueurs. Cela créa de la frustration, qu’allait exploiter les frères Pasquel, des millionnaires mexicains qui désiraient bâtir leur propre ligue professionnelle dans leur pays en 1946.

Une des gros noms recrutés fut Max Lanier, lanceur gaucher des Cards de St-Louis. Après plusieurs bonnes saisons, il n'avait réussi à obtenir qu'une augmentation de 500$ sur son salaire de 10,000$ pour 1946, malgré 3 championnats en 4 ans. Il reçu la visite des frères Pasquel, qui lui offrirent une offre extrêmement alléchante : 20,000$ par année pour 5 ans, en plus d’un boni de 25,000$. 

Les frères Pasquel réussirent à convaincre au moins 17 joueurs des ligues majeures, en plus de plusieurs parmi les meilleurs joueurs des ligues mineures. Parmi les joueurs signés, on retrouvait les lanceurs des Giants Sal Maglie, Adrian Zabala et Harry Feldman, les frappeurs Danny Gardella et Roy Zimmerman. Bobby Estalella, Alex Carrasquel, en plus des Québécois Roland Gladu, Jean-Pierre Roy et Stan Bréard firent aussi le saut.

Mais en 1947, Pasquel commença à couper les salaires de ses joueurs, forçant alors la plupart d’entre eux à retourner vers le Nord. Malheureusement, ils avaient tous été suspendus par le baseball majeur et le baseball organisé, le commissaire Happy Chandler ordonnant à tous ceux qui avaient des aspirations professionnelles d’éviter les déserteurs mexicains. Lanier se construit une équipe d’étoiles qui se promenait partout aux Etats-Unis, mais rapidement, on les boycotta. Sal Maglie devint pompiste, Danny Gardella serveur, tout en poursuivant le baseball majeur, ce qui mena à leur réinsertion quelques années plus tard.

Le Québécois Jean-Pierre Roy se retrouva avec St-Jean en 1947, et Roland Gladu à Sherbrooke pour 1948. Ils réussirent à convaincre les propriétaires d’aller chercher les joueurs sans emploi, qui pouvaient être obtenus si on y mettait le prix. L’effet sur la vente de billets serait, selon la théorie, suffisant pour compenser leurs salaires. À St-Jean, Drummondville et Sherbrooke, l’appel fut entendu. Gladu fit engager Adrian Zabala, le québécois Paul Calvert et trois Cubains que Gladu avait connu au Mexique, soit le deuxième-but Jorge Torres, le receveur Lauro Pascual et le voltigeur Claro Duany, dont la puissance au bâton allait devenir une légende locale. St-Jean signa Bobby Estalella, dont la moyenne de ,282 dans la Ligue Américaine devint ,375 dans la Ligue Provinciale, avec 23 circuits. Drummondville est plus lent à réagir, mais signe Stan Bréard et Danny Gardella juste à temps pour les séries éliminatoires.

Le talent arriva aussi des Negro Leagues. Jackie Robinson maintenant installé à Brooklyn, les Negro Leagues étaient en perdition avec plus d'opportunités pour ses joueurs, que ce soit d'atteindre les majeures pour les plus jeunes, ou de faire de l'argent et de se mesurer aux blancs pour les vétérans. La Ligue Provinciale allait rapidement se bâtir une réputation pour son bon accueil de ces joueurs. Farnham avait ouvert la porte en 1947 en signant 4 anciens des Crawfords de Pittsburgh de la United States Negro Baseball League, cette équipe ayant passé une large partie des saisons 1945 et 1946 au Québec. Incapables de se payer les déserteurs du baseball majeur, Farnham put toutefois signer pour 1948 Dave Pope, Joe Atkins et Willie Pope, trois talents exceptionnels. À St-Jean, le troisième-but Jimmy " Buzz " Clarkson frappa pour ,401 avec 29 circuits. 

À ces joueurs s’ajoutèrent quelques joueurs suspendus pour avoir jouer dans les ligues illégales du Sud, notamment Connie Creedon avec St-Hyacinthe, et quelques coéquipiers de Gladu, Bréard et Roy avec les Royaux pendant la guerre, qui avaient perdu leur poste avec le retour des soldats, notamment Kermit Kitman à St-Jean.

Le championnat va à Sherbrooke qui bat St-Hyacinthe par 5 parties à 4, montrant que d’embaucher ces vedettes peut fonctionner. Drummondville se lance pleinement dans l’aventure pour 1949 et ajoute les lanceurs Max Lanier et Sal Maglie, le premier-but Roy Zimmerman, le receveur Quincy Trouppe, le troisième-but cubain Conrado Perez, et le voltigeur de centre Vic Power, leur donnant une équipe fort coûteuse mais qui aurait pu rivaliser avec les meilleurs clubs des mineures.

Estalella, Clarkson, Kitman, Creedon et Roy quittèrent la ligue pour la saison 1949, mais on les remplaça facilement, des mêmes sources d’où ils étaient venus, donnant un calibre extraordinaire à la Ligue Provinciale. Quincy Barbee, Lou Klein, Don Savage et Alex Carrasquel remplacèrent Estalella, Clarkson et Roy à St-Jean, alors que Sherbrooke ajouta les lanceurs Fred Martin et Harry Feldman et le joueur d’avant-champ Silvio Garcia, en route vers une intronisation au temple de la renommée du baseball cubain.

La bulle éclata toutefois le 13 juin, alors que le baseball organisé réadmettait les déserteurs, grâce notamment au procès intenté par Danny Gardella. Après seulement quelques matchs avec St-Jean, Lou Klein racheta son contrat avec 1,500$ de sa poche et retourna à St-Louis. Zabala, Feldman et Martin quittèrent ensemble Sherbrooke. Alex Carresquel fit de même à St-Jean. Max Lanier reçu un appel des Cards. On ne lui offrait que ce qu’il gagnait lors de son départ. Comme il gagnait plus à Drummondville, il négocia dur et obtint qu’on double son contrat. Il quitta fin juin.

Gladu trima dur à Sherbrooke pour reconstruire l’équipe et amena les anciens lanceurs des ligues majeures Bill Brandt et et Lou Knerr, en plus du voltigeur Johnny Corriden. Drummondville prit une approche différente; on offrit de faramineux bonis aux Roy Zimmerman, Danny Gardella et Sal Maglie pour qu’ils complètent la saison. Maglie aurait reçu 15,000$ à 20,000$ pour terminer la saison. 

Les assistances ne baissèrent pas malgré la perte de quelques vedettes, notamment en raison de l’émergence de l’équipe-Cendrillon de Farnham en séries. Ils perdirent finalement la finale cinq parties à quatre contre Drummondville, Sal Maglie remportant trois victoires, dont la dernière.

La Ligue Provinciale obtint une telle notoriété qu’elle fut évidemment considérée par le baseball organisé. Le baseball organisé  donna à la ligue le statut de ligue officielle de classe C pour la saison 1950.


In 1944, the Provincial League reorganized as a local loop, but suffered a big blow in 1946 when Sherbrooke and Granby jumped to the Border League. With Montreal, in the International League, and Quebec and Trois-Rivières in the CanAm League, there was not much room for anything other than a very local league. But the Border League experience only lasted a year, and Sherbrooke and Granby are back in the Provincial for 1947.

 While there was an attempts to move right back into Organized Baseball and go back to the 1940 league, baseball officials still had in mind the debacle of 1940, and had no interest to add a league in Quebec, with the big cities of Montreal, Quebec and Trois-Rivières already covered.

 Baseball was changing in those years. While MLB kept its 16 teams, soldiers coming back from the war and integration considerably enlarged the pool of players. That created competition for jobs and an advantage for MLB owners negotiating with players. The Pasquel brothers, Mexican millionaires, exploited the ensuing frustration by recruiting many major leaguers and high minor leaguers for their new professional circuit in Mexico.

 One of the big names they recruited was Max Lanier, pitcher for the St. Louis Cardinals, had only managed a $500 raise on his $10,000 salary in 1946 after many successful seasons and three championships in four years. He was offered $20,000 per year for 5 years, with a $25,000 signing bonus to jump to Mexico.

 The Pasquel brothers managed to convince 17 major leagues and many of the best minor leaguers. Among them were Giants pitchers Sal Maglie, Adrian Zabala and Harry Feldman, hitters Danny Gardella and Roy Zimmerman. Bobby Estalella, Alex Carrasquel, as well as Quebecers Roland Gladu, Jean-Pierre Roy and Stan Bréard also headed to Mexico.

But in 1947, funds started to dry up and players headed back north. Unfortunately, they had been suspended from MLB and Organized Baseball. Commissioner Happy Chandler even threatened with a suspension anybody that played with or against them. Lanier built a touring all-star team, which soon fell victim to those threats. Sal Maglie had to pump gas, Danny Gardella to wait tables, all while suing baseball, which would eventually lead to their reinstatement.

Quebecers Jean-Pierre Roy, with St. Jean in 1947, and Roland Gladu with Sherbrooke in 1948, came back home and convinced owners to open their wallets for their unemployed colleagues. According to the theory, increased attendance would compensate for the larger salaries. In St. Jean, Drummondville and Sherbrooke, that speech was heard. Gladu hired Adrian Zabala, fellow Quebecer Paul Calvert and three Cubans he had played with in Mexico: second-baseman Jorge Torres, catcher Lauro Pascual and outfielder Claro Duany, whose tremendous power made him a local legend. St. Jean signed Bobby Estalella, whose .282 average in the American League became .375 in the Provincial, accompanied by 23 homeruns. Drummondville was slow to move, but signed Danny Gardella and Stan Bréard in time for the playoffs.

Talent was also coming from the Negro Leagues. With Jackie Robinson now in Brooklyn, the Negro Leagues were in disarray, with young prospects and stars being snagged up by major league organizations, and veterans having more opportunities to cash in on their talents and measure up to white players. The Provincial League soon built a strong reputation as good hosts for these players. Farnham had opened the door in 1947 by signing 4 former Pittsburgh Crawfords, of the United States Negro Baseball league, who had spent large portions of the 1945 and 1946 seasons in Quebec. Unable to afford the Mexican League jumpers, Farnham was able to sign for 1948 Dave Pope, Joe Atkins and Willie Pope, three exceptional talents from the Negro Leagues. In St. jean, Jimmy “Buzz” Clarkson hit for .401 with 29 homeruns.

To these players we can add a few players suspended for their stints in outlaw leagues, such as Connie Creedon with St. Hyacinthe, and former Montreal Royals teammates of Gladu, Bréard and Roy, like Kermit Kitman with St. Jean.

Sherbrooke won the pennant and the playoffs, edging St. Hyacinthe by 5 games to 4, showing that a high-price team can work. Drummondville went all in for 1949, adding pitchers Max Lanier and Sal Maglie, first-baseman Roy Zimmerman, catcher Quincy Trouppe, Cuban third baseman Conrado Perez and centerfielder Vic Power, an expensive team that could have rivaled with the best minor league teams.

Estalella, Clarkson, Kitman, Creedon and Roy didn’t return for 1949, but were easily replaced from the same sources. Quincy Barbee, Lou Klein, Don Savage and Alex Carrasquel replaced Estalella, Clarkson and Roy in St. Jean, while Sherbrooke added pitchers Fred Martin and Harry Feldman as well as infielder Silvio Garcia, on his way to an enshrinement in the Cuban baseball Hall of Fame.

The bubble however burst on June 13, when Organized Baseball readmitted the jumpers, notably because of the pressure put on by their lawsuits, led by Gardella. After only a few games, Lou Klein bought back for $1,500 his contract and returned to St. Louis. Zabala, Feldman and Martin left Sherbrooke, as did Carrasquel in St. Jean. Max Lanier got a call from the St. Louis Cardinals, and was offered his same 1946 salary. As he was now earning twice as much in Drummondville, he bargained hard and more than doubled his MLB salary. He left Drummondville in late June.

Gladu worked hard in Sherbrooke to rebuild his team, and brought in former major league pitchers Bill Brandt and Lou Knerr, as well as outfielder Johnny Corriden. Drummondville took a different approach, offering large bonuses to Roy Zimmerman, Danny Gardella and Sal Maglie for them to stay for the season. Maglie is said to have received $15,000 to $20,000 to finish the season.

Crowds kept up, notably after the emergence of Farnham, a real Cinderella team who pushed the Drummondville Cubs, heavy favorites, to the limit of 9 games in the finals. Maglie won three of those games, including the last one.

The Provincial League had gained a large notoriety during that season, and could not be ignored anymore by baseball authorities. Organized Baseball welcomed the league in its ranks, as a Class C league, for the 1950 season. 


Pour en savoir plus / For more information

Les belles années de la ligue Provinciale

Photo ci-haut: lanceurs des Cubs de Drummondville 1949